Le réseau d’eau potable desservant neuf communes autour de Cluis (Indre) a connu une interruption majeure d’approvisionnement fin mars. En cause : la panne d’un équipement vieillissant et un effondrement dans le forage principal. Cette crise souligne les limites techniques des installations anciennes et met en lumière l’importance d’une modernisation urgente des infrastructures rurales de distribution.
Le 26 mars 2025 au matin, une panne brutale survenue au niveau du captage de Millançay, situé sur la commune de Cluis, a plongé dans une situation critique 1 500 branchements répartis sur neuf communes de l’Indre. Ce captage, dont la pompe assure 60 % de l’alimentation du réseau géré par le Syndicat des Eaux de l’Auzon, a subi une défaillance mécanique en lien direct avec l’ancienneté de l’équipement. « Nos installations ont 70 ans », a rappelé Bruno Simon, président du Syndicat, soulignant une fragilité structurelle bien connue des acteurs locaux.
L’opération de retrait de la pompe défectueuse a entraîné un incident aggravant : un effondrement de gravier dans le forage, obstruant partiellement l’ouvrage et compromettant la continuité hydraulique du réseau. Cette obstruction a généré une dépression dans le réseau de distribution, créant un risque majeur de retour d’eau potentiellement contaminée. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a immédiatement émis un arrêté interdisant tout usage de l’eau du robinet, y compris pour l’hygiène corporelle, la cuisson et la boisson.
Face à l’urgence sanitaire, les autorités ont activé le Centre Opérationnel Départemental (COD) en préfecture pour coordonner la réponse. Des distributions d’eau embouteillée ont été organisées, tandis que la phase de diagnostic du forage était lancée avec une entreprise spécialisée. La procédure de remise en service a nécessité un réamorçage du réseau, une surchloration, des purges en ligne et une série d’analyses bactériologiques, conformément aux protocoles de sécurité sanitaire.
La crise a également révélé la vulnérabilité du secteur agricole local, avec 65 exploitations privées d’eau, affectant à la fois l’abreuvement des animaux et certains processus agroalimentaires. Des mesures de solidarité entre agriculteurs ont temporairement pallié ce déficit, appuyées par la Direction Départementale des Territoires (DDT).
Le retour à la normale a été officialisé le 30 mars en fin de journée, à la suite de résultats d’analyse confirmant la conformité bactériologique de l’eau. Le réseau, réarmé et rincé, reste cependant sous surveillance : une consigne a été émise pour purger les installations privées en laissant couler l’eau plusieurs minutes afin d’évacuer tout résidu de désinfectant ou dépôt bactérien.
Cet incident souligne les enjeux liés à l’obsolescence des réseaux ruraux, souvent relégués au second plan des investissements publics. Le cas de Cluis, avec des infrastructures septuagénaires, illustre la nécessité d’un plan de renouvellement technique à l’échelle départementale, voire régionale. En parallèle, la dépendance forte à un point de captage unique interroge sur la résilience du maillage hydraulique en milieu peu dense. La mise en place de dispositifs de secours hydrauliques, comme des interconnexions entre syndicats ou des forages de substitution, pourrait faire partie des orientations à envisager dans les prochaines années.
Dans ce contexte, la filière B2B des équipements de captage, des pompes immergées et des systèmes de télésurveillance réseau pourrait connaître une accélération de la demande, à condition que les opérateurs publics disposent de moyens adaptés à leurs contraintes territoriales.