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L’extraordinaire histoire de la citerne de Mazagan
Christophe Bouchet de EDITIONS JOHANET 12 juillet 2018 Paru dans N°413 - à la page 112

En été, la ville d’El Jadida, anciennement Mazagan, est une étape incontournable pour les touristes en quête de soleil et de sites naturels préservés. Mais bien peu d’entre eux se déplacent pour découvrir le riche patrimoine de cette ville à l’histoire si particulière. Une histoire qui s’est écrite en arabe, en portugais et en français et dont une antique citerne reste le témoin le plus extraordinaire...

Juin 1916. En ce début de matinée dans la rue commerçante d’El Jadida, à proximité des remparts, règne l’effervescence habituelle des fins de semaine fiévreuses. Au sous-sol de sa petite épicerie, Ibn Ben Attar supervise les travaux qu’il vient d’entreprendre en vue d’agrandir son échoppe. La journée sera consacrée à la démolition du mur ouest de sa boutique. Les premiers coups de pioche sont à peine donnés qu’apparaît un mince filet d’eau qui ne cesse de s’agrandir au fur à mesure que s’élargit la brèche. Rapidement, la panique s’installe parmi les terrassiers appelés en renfort qui ne parviennent pas à colmater la fuite d’eau. Ils sont encore loin de se douter qu’il faudra un peu plus de trois mois pour que le geyser ne se tarisse et quelques semaines de plus pour que les archéologues, convoqués à la hâte, ne se rendent à l’évidence : par le plus fortuit des hasards, ils viennent de découvrir l’ancienne citerne de Mazagan.

L’ancienne citerne de Mazagan

L’histoire de Mazagan commence en 1506. La Couronne portugaise, en guerre contre les Maures, installe un comptoir à Mazagào sur l’emplacement d’un ancien port phénicien fondé au 5ème siècle avant Jésus-Christ, connu sous le nom de Portus Rusibis. Baptisée Mazagan, la ville devient vite un port commercial de première importance grâce à l’arrière-pays des Doukkala, une région particulièrement propice à l’agriculture. En 1542, les Portugais chassés d’Azzemour et d’Agadir, affluent dans la ville. Pour se protéger des attaques incessantes des autochtones, la ville est fortifiée. On la ceinture d’une épaisse muraille ponctuée de cinq bastions. L’objectif est d’en faire une citadelle inexpugnable. Durant deux siècles, la cité vit des activités de son port à vocation commerciale et militaire. Mais les tentatives des monarques chérifiens pour reprendre le contrôle de la ville et chasser les Portugais se multiplient.
Pour se protéger des attaques incessantes des autochtones, la ville est fortifiée en 1542. On la ceinture d’une épaisse muraille ponctuée de cinq bastions. L’objectif est d’en faire une citadelle inexpugnable.

Pour résister aux sièges de plus en plus longs que les Maures infligent à la cité, les Portugais décident de doter la citadelle d’une réserve d’eau susceptible d’alimenter toute la ville. La construction d’un ouvrage dédié à cet usage étant impossible, la décision est prise de transformer une ancienne salle d’armes en réservoir d’eau. L’ouvrage en lui-même est construit en pierres d’Azzemour à l’aide de chaux du Portugal. Ponctuée de 25 colonnes, sa surface avoisine les 34 mètres carrés. En surface, un réseau de rigoles alimente la réserve en eau de pluie par le biais de quatre orifices situés aux quatre coins de l’ouvrage. Une fois obturé, l’ouvrage est étanché pour pouvoir contenir une hauteur d’eau comprise entre 2,50 et 3,00 mètres. Un réseau de canalisations est construit pour pouvoir alimenter en eau potable les différentes parties de la cité. Ce dispositif, en rendant la cité quasiment autosuffisante, va permettre de faire face aux sièges successifs imposés par les arabes et les berbères. Et surtout de compenser le relatif désintérêt de la Couronne portugaise, bien plus préoccupée par la conquête de l’Amérique que par ce modeste comptoir de la côte Atlantique. Abandonnés de tous, les Portugais résistent vaillamment aux assauts successifs. Mais en 1769 la situation devient critique. Les 2.200 Portugais réfugiés dans la citadelle, affamés et assoiffés malgré le précieux apport de la citerne, ne parviennent plus à faire face aux 100.000 combattants arabes et berbères qui campent au pied des remparts. Au prochain assaut, il ne fait plus de doute que la citadelle tombera.

Pour résister aux sièges, les Portugais décident de doter la citadelle d’une réserve d’eau susceptible d’alimenter toute la ville. La construction d’un ouvrage dédié à cet usage étant impossible, la décision est prise de transformer une ancienne salle d’armes en réservoir.

La chute de la citadelle

Informé de la gravité de la situation, Joseph 1er, le roi du Portugal décide de faire évacuer la citadelle et de transférer ses occupants au Brésil, sur l’Amazone, dans une nouvelle cité fondée pour l’occasion appelée Nova Mazagào. Le 11 mars 1769, les 2.100 habitants qui constituent la présence portugaise dans la citadelle sont embarqués pour un périple qui va durer près de deux ans ! Auparavant, les autorités prennent soin de brûler tout ce qui peut l’être et de jeter les canons à la mer. Les bastions sont soigneusement minés et une escouade est désignée pour rester dans la cité et mettre le feu aux poudres. Une fois les Portugais au large, les explosions détruisent les murailles, faisant plus d’un millier de victimes parmi les assaillants.
L’ouvrage en lui-même est construit en pierres d’Azzemour à l’aide de chaux du Portugal. Parsemée de 25 colonnes, sa surface avoisine les 34 mètres carrés. En surface, un réseau de rigoles alimente la réserve en eau de pluie par le biais de quatre orifices situés aux quatre coins de l’ouvrage.

Une fois arrivés en Amazonie, les Portugais fondèrent la ville de Nova Mazagão, comme il était prévu, sur l’embouchure du grand fleuve. Aujourd’hui encore, même si les ponts sont coupés entre les deux villes au destin si entrelacé, les descendants des colons célèbrent chaque année les luttes de leurs ancêtres chrétiens contre les Maures.

Quant à l’ancienne Mazagan, totalement détruite par les explosions, elle restera inoccupée durant plus de 50 ans. Ce n’est qu’en 1821 que la vie reprend dans la citadelle sous l’impulsion du Sultan Moulay Abderrahmane qui donne l’ordre de la restaurer. Elle fut rebaptisée El Jadida, « la Nouvelle » en Arabe. Sous protectorat français, elle dépasse rapidement les anciennes limites de la cité portugaise et reprit le nom de Mazagan en 1912. Charmés par la ville et la douceur de son climat, les Français, qui l’appelaient alors la « Deauville du Maroc », en firent une station balnéaire prisée.
Le 11 mars 1769, les 2.100 habitants de la citadelle s’embarquent pour un périple qui va durer près de deux ans et les mener en Amazonie, fonder une ville nouvelle nommée Nova Mazagão.

Après l’indépendance, en 1956, Mazagan redevint El Jadida et connut une période prospère grâce au développement du commerce et du tourisme.

La ville avait alors peu ou prou oublié son passé… Jusqu’à ce que Ibn Ben Attar décide d’agrandir son échoppe… Cet heureux hasard incitera la ville à redécouvrir son histoire ce qui lui permettra de rejoindre, en 2004, le cercle très fermé des sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.